10 jours en terre mongole (10 - 20/10/2011)
  

10 jours en terre mongole (10 - 20/10/2011)

Ulaanbaatar, Mongolie le 18/10/2011

 

Apres avoir passe deux jours dans le train, dont un à attendre entre les deux frontieres pour la verification des visas et la fouille des wagons, cote russe et cote mongol, nous arrivons à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, à 6 heures du matin heure locale.

Bilegt, la proprietaire de la guesthouse ou, nous restons pendant trois jours, nous attends sur le quai avec une pancarte comme dans les films : « Lea et Gabriel » ! Bilegt est tres aimable et souriante, elle nous installe dans l’appartement, environ 60 metres carres tout confort avec douche chaude, et cela seulement pour nous deux pendant trois jours : le luxe !

Elle prend le temps de tout nous expliquer sur les transports, les lieux à visiter, le plan de la ville … Cela nous permet de nous deplacer tres facilement à pied ou en bus.

Oulan Bator est au fond d’une vallee, ce qui permet d’apercevoir entre les nombreux immeubles les montagnes environnantes. Ajouter à cet encaissement le nombre impressionnant de voitures non entretenues, les principaux moyens de chauffage (le charbon et la bouse de vache) et vous obtenez un endroit extremement pollue (2eme ville la plus polluee du monde selon l’O.M.S.).

La ville est en plein developpement, des tours se construisent ca et là entre temples et espaces verts. Il y a environ 1 million d’habitants et on aurait envie de dire presque autant de voiture à la vue du ballet incessant d’automobiles et de klaxons qui vont avec !

Nous commençons par aller nous balader et faire quelques achats au marche (noir) de Naraan Tul. C’est un immense site ou,se mele revendeurs de vetements, de chaussures, de sacs, d’accessoires de mercerie, de bibelots, de fruits, de legumes et d’animaux de compagnie. Nous sommes quasiment les seuls etrangers (non types asiatiques) donc forcement les regards sont braques sur nous dans l’espoir que nous achetions au prix fort ; l’ambiance est plutot bonne et les visages souriants.

Le lendemain, Gabriel reste au chaud dans l’appartement pour traiter sa « creve » : il met à jour le site et il fait l’homme de maison en lavant le linge ! Pendant ce temps, Lea commence la decouverte de la ville en allant à la gare acheter les billets pour Beijing, depart prevu le 20 octobre.

Je vais donc ecrire cette partie du recit à la premiere personne.

C’est la debrouille entre minibus et marche à pied pour rejoindre le monastere de Gandan ; heureusement, il y a toujours un passant aimable pour m’aider à me reperer. Ce site comporte plusieurs temples et une universite bouddhiste, les lieux ont ete fermes et certains detruits notamment en 1938 car le regime communiste decida de supprimer les communautes religieuses, des moines furent tues d’autres durent rejoindre l’armee de force. Ce n’est que plus tard, vers 1944, qu’ils rouvrent en restant sous le strict contrôle du gouvernement. Derrieres les rues en travaux qui croulent sous les briques, je decouvre un endroit fascinant ou les mongols viennent prier en faisant tourner les innombrables parchemins et en inhalant l’encens qui brule au pied des divinites. Je croise dans ce lieu, trois americaines de N.Y.C. que nous avons connus dans le train. Elles me proposent de les suivre, leur chauffeur les amene dans le centre ville pour visiter le musee d’histoire, j’accepte avec plaisir cette compagnie ! Le musee est un dedale de petites pièces sur differents niveaux et il est interessant car il reprend l’histoire du peuple mongol depuis 2000 ans avant J.C. jusqu'à nos jours, en passant par les costumes traditionnels, l’emancipation communiste et l’accroissement fulgurant de la capitale. Par contre, on ne nous dit bien evidemment rien sur la situation tres difficile du peuple mongol à l’heure actuelle, notamment pour les familles nomades … Je me separe ensuite de mes connaissances americaines pour faire le tour du centre ville : la place Shubaatar, le parlement, le theatre/centre culturel, puis, j’en profite pour faire un tour à la poste. Je continue ensuite ma promenade au fil des rues en travaux, il y a toujours quelqu’un qui m’aborde pour m’aider à trouver mon chemin : quel plaisir ! Je teste ensuite un petit restaurant avant de rentrer, je choisi une salade à base de poivrons, oignons, cornichons, carottes, de viande de bœuf (apparemment) et une sauce … piquante ! A ce moment là, personne ne parlait anglais pour m’aiguiller dans les choix ! Avec quelques forces, en plus je cherche un bus qui peut me ramener vers la « maison », et, encore une fois, je suis aidee par les locaux : une dame qui, s’avère-t-il, vit dans l’immeuble voisin du notre m’accompagne jusqu'à la porte ?

Le lendemain est un jour pluvieux mais nous sortons tout de meme dans l’espoir d’aller visiter le palais d’hiver de Bodg Khaan. Malheureusement, il est ferme le mercredi ! Avis aux futurs voyageurs qui comme nous visite sans guide du routard ! Nous continuons notre route pour aller voir un Bouddha de plusieurs dizaines de metres de haut que nous trouvons entre les tours en construction et les gouttes d’eau ! Nous rentrons trempes de la tête au pied, en essayant d’esquiver les voitures et les bus qui regnent en maitres sur la ville mais aussi les flaques/piscines creees par le non ecoulement des eaux de pluie …


Malgre la bronchite de Gabriel qui ne s’ameliore pas beaucoup, nous partons le 13 octobre vers Kharkhorin pour retrouver la famille nomade qui nous accueille. Nous devons prendre un bus depuis une gare routiere mais deux heures avant le depart il n’y a plus de places. Nous nous faisons aborder par un premier chauffeur « non officiel » qui nous propose de nous y emmener pour le meme prix, cela parait interessant jusqu'à ce que nous comprennions que nous allons voyager pendant 6 heures à trois sur la banquette arriere coince entre un homme « qui aime bien manger » et nos sacs ! Nous essayons d’aller voir des minis-bus qui vont aussi à Kharkhorin mais cela ne plait pas du tout au premier chauffeur qui nous insulte en mongole et nous jette ses coquilles de pignons de pin dessus … Passe cet episode, nous montons dans un van, ou nous ne sommes pas vraiment mieux assis, nous roulons sous la neige mais nous arrivons à bon port avant la nuit !

Batdorj, notre hote, nous attend sur la place du marche et nous emmene vers son camp à une demie heure de route dans son 4x4 flambant neuf !

Arrives sur place, nous decouvrons un campement de 9 neufs yourtes reparties dans la steppe environnante. Le couple qui nous accueille, Tsalmon et Batdorj, dispose de 4 yourtes, mais ici tout se passe en communaute, les repas, les prieres bouddhistes, et bien sur le travail aupres des betes (vaches, moutons, chèvres et chevaux). Dans les autres yourtes, il y a les parents, les freres et sœurs et leurs maris et femmes, un seul couple avec un enfant : une petite fille de trois ans Miga (nous nous inspirons de sa vie dans le camp pour la raconter aux enfants de l’ecole de Toulouse avec qui nous correspondons).

Lorsque nous entrons dans la yourte, le poele est eteint et nous nous contentons de la chaleur humaine et des fous rires qu’entrainent nos incomprehensions ! Nous buvons un bol de the sale au lait de vache puis nous goutons au traditionnel lait de jument fermente : le gout est franchement aigre et nos visages essayant de feinter le degout les font rires. Eux, en boivent des quantites astronomiques, plusieurs litres par jour car c’est un lait tres riche et qui a des vertus pour resister au froid. Tsalmon et une autre femme prepare le repas du soir : de la soupe de pommes de terre, riz, oignons et viande de moutons prealablement passee au chalumeau. Plusieurs voisins passent ensuite dans la soiree pour boire un bol de lait de jument, manger, discuter et regarder la television en noir et blanc alimentee par une batterie elle-meme rechargee grace à un panneau solaire. Une parabole plantee à l’exterieur de la yourte fait le reste ! Le contraste entre la vie qu’ils menent et les clips/emissions diffuses est saisissant.

Nous passons la premiere nuit dans leur yourte mais bien qu’enveloppes dans des couvertures nous sommes geles (le haut de la yourte est toujours à ciel ouvert et il fait dejà -10 degres dehors). Pour Gabriel qui est malade, ce n’est pas l’ideal entre le froid et la fumee degagee par les bouses de vaches qui brulent dans le poele central. Le lendemain, nous decidons donc de ne rester que trois jours afin que Gabriel puisse guerir correctement pour la suite du voyage, deux jours de train nous attendent à nouveau pour aller à Beijing.

Nous sommes deçus de rester si peu car nous decouvrons une famille simple et genereuse avec une vie qui nous est completement inconnue. Et nous jouissons ici d’un decor exceptionnel, une nature depouillee : la steppe et les monts autour. Les troupeaux vont librement autour d’une riviere qui descend de la montagne enneigee et qui est encore gelee au petit matin. Hormis le bruit du vent et quelques hennissements, il regne un silence total, c’est un lieu tres apaisant pour qui sait le comprendre. Ici, nous sortons reellement de notre routine pour voir cette terre resplendissante sur laquelle il nous faut vivre mais que nous oublions trop souvent de regarder. Tout est beau : l’oiseau qui plane, le melange des couleurs sur la montagnes, le leve du soleil face à la lune encore haute, les chevaux qui galopent, la force des hommes et des femmes aux visages tannes par le soleil et le froid.

Malheureusement, nous remarquons en nous promenant dans les alentours comme le long des 400 kilometres que nous avons parcourus pour venir, qu’il y a un peu partout des montagnes de plastique. La societe de consommation, avec tous ses dechets, est arrivee tres vite avec l’essor du tourisme et le developpement des villes sans qu’aucune mesure soit prise pour trier, recycler, c’est une vision d’autant plus dure que nous sommes dans un cadre naturel fantastique …

Nous passons les deux nuits suivantes dans une yourte voisine, que nous chauffons nous memes avec de la bouse et un peu de bois, certains habitants ont peur de rester dans la meme yourte que nous et de tomber malade. Ce que nous comprenons parfaitement car les conditions de vie sont dejà assez difficiles comme ca pour en plus tomber malade ! La vie est tres rude, le climat ne permet pas de faire pousser des fruits ou des legumes ou d’elever des animaux moins resistants, du coup, le regime alimentaire est peu varie ; ils mangent tous les jours le meme type de soupe ou bouillie accompagnee bien entendu de lait de jument. Pour information, nous n’avons pas ete malade à cause de la nourriture et nous avons meme eu droit à un repas de fete : bieres et barbecue mongole (viande de mouton et pommes de terre cuite à l’aide de pierres brûlantes).

Il n’y a de dimanche, pas de vacances non plus, chaque jour de l’annee a le meme rituel de travail acharne du matin au soir car leur survie en depend.

Voici le descriptif d’une journee type :


  • Reveil entre 5 et 7 heures pour aller traire les vaches et les juments

  • Petit dejeuner vers 8h30 heures, avec de la creme de lait du the et des biscuits ou du pain achetes au village

  • Ils emmenent certaines betes brouter plus loin dans la steppe, et attachent certaines vaches et/ou juments avec leurs petits pour les traire. Nous aurons l’occasion de les aider à planter les cordes necessaires pour attacher les betes, à l’aide de piquets et d’un marteau en metal glace au petit matin !

  • Traite des juments pour la deuxieme fois la journee.

  • Preparation du repas, et dejeuner vers 14 heures.

  • Sieste ou seance de prieres bouddhistes avec les autres habitants du camp.

  • Ramassage des bouses de vaches pour se chauffer.

  • Le 14 octobre nous avons assister à la benediction du camp d’hiver par des prieres et en faisant bruler de l’encens. Le deplacement est prevu pour le 20 octobre, ils disposent d’abris pour les betes, abris indispensables car la temperature va continuer de chuter jusqu'à – 30/40 degres parfois moins !

  • Rassemblement des troupeaux pour la nuit à l’aide d’un cheval ou d’une moto !

  • Preparation du diner vers 19h, diner vers 20 heures.

  • Traite des vaches pour la deuxieme fois et des juments pour la troisieme fois de la journee, dans la nuit à la lumiere de la lune, la temperature est dejà largement en dessous de zero mais ca n’empeche pas la petite Miga de rester dehors à observer les gestes de sa mere et de ses tantes. La technique est de placer le veau ou le poulain à teter sa mere puis de l’ecarter à la force des bras pour traire à son tour au dessus d’un seau accroupi sans tabouret !

  • Ils passent ensuite la soiree à regarder la television et se couche epuises …


Nous comprenons mieux pourquoi cette alimentation tres riche est necessaire, non seulement il faut resister au froid mais en plus il faut produire des efforts enormes tout au long de la journee.

Ils sont en meme temps libres et prisonniers de cette vie. Le travail est difficile et laborieux mais quand nous evoquons Oulan Bator, ils nous font comprendre que ca ne les interesse pas du tout.


A travers ce voyage, nous cherchons la rencontre et la connaissance d’autres modes de vie : ne pas imiter mais decouvrir par nous memes. Nous voulons aussi nous eloigner du surplus de consommation pour aller vers des valeurs plus humaines. Au camp nomade, nous sommes confrontes à une vie rude à laquelle nous ne sommes pas preparee et c’est une vraie remise en question de nos grandes idees !

Dans la steppe, il n’y a aucune structure specialisee dans le divertissement alors que de notre cote nous pouvons multiplier les plaisirs : livres, journaux, television, cinema, radio, boutiques, bars … un bon moyen d’echapper à nos pensees. Alors ici, nous prenons le temps de nous balader seul, sans parler à personne, un vrai tresor. Mais ne soyons pas hypocrites, cela nous plait pour quelques jours car ce mode de vie est tres dur, tout prend du temps et demande beaucoup d’efforts. A cause de la bronchite et de la fievre de Gabriel, nous ne sommes restes que trois jours mais cela nous a suffi pour comprendre que nous sommes loin d’etre pret à renoncer à notre confort ne serait ce que l’electricite et l’eau courante. Cela nous amene aujourd’hui à avoir envie de continuer à consommer de la maniere la plus responsable possible, en eduquant les generations futures mais dans un lieu plus proche de nos civilisations. Cela nous donne aussi l’envie de revenir voir Tsalmon, Batdorj et leur famille mais peut etre en ete !


Nous prenons le bus vers UB pour passer les trois jours qu’il nous reste avant le train vers la Chine. Nous retrouvons l’appartement chauffe de Bilegt ou nous ne doutons pas que Gabriel pourra se soigner et se reposer pour continuer plus sereinement le voyage.

 

Commentaires

 Julie et Sandy
coucou !
On vient de rentrer en France (difficile retours quand tous les autres voyageurs continuent!)
on a eu de vos nouvelles via Bilegt qui a dit que ca allait mieux!, maintenant on vous suivra sur votre blog!
Tout c'est super bien passé chez Tsolmon et Batdorj, vous nous aviez bien fait flipper à nous dire que nous allions mourir de froid! finalement pas si terrible que ca, et on a eu qu'un jour de neige...
les deux semaines sont passées assez vite, on s'est évidemment attaché à toute cette petite famille.
finalement ils ont déménagé deux jours après notre départ, dommage...
bonne suite dans vos aventures!
 Lea et Gabriel
Merci à tous pour vos messages, Gabriel se rétabli petit à petit :)
A seb et Marjo : nous sommes à Pekin et nous serons en Chine jusqu'à fin novembre on se tiens au jus !
A Fabrice : Ils nous tarde aussi d'arriver au Vietnam.
Gros bisous à tous
 Padrinoperarock
Je vous attends avec impatience a Saigon (Hochiminhville)... Je vous embrasse bien fort.
 Anne Florentine
J'espère que Gabriel s'est bien rétabli. Toujours aussi intéressant de vous lire.
On vous embrasse très fort.
Max et Anne-Flo
 Seb et marjo
coucou les baroudeurs! dommage, nous allons nous louper de peu, nous serons demain ou apres demain a oulan baator en couch surfing... on est en terre mongole depuis maintenant trois jours, pour le moment a Darkhan au nord d "UB".. a quelle heure est votre train demain? qui sait, on se croisera peut etre... contents de voir que tout roule encore pour vous, bonne continuation et a tres bientot...!!
 Lalou
Eh, ben!!!??? J'en reste sans voix...
Bonne continuation à vous deux et bon rétablisement à Gabriel! Affectueusement pour tous les deux!
 Séverine
Remets toi bien Gab' ! Pétard, c'est rude la vie dans les steppes ... comme tu le dis bien, ces expériences sont l'occasion de se repositionner sur notre société et nos habitudes de consommation. Merci de nous en faire profiter ! gros bisous



Autres récits de voyage

Autres Recits en Mongolie